Indications de l’acide hyaluronique pour les membres inférieurs

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D’après une enquête de la SOFRES, 89 % des françaises accordent une grande importance à l’esthétique de leurs jambes. Les jambes sont considérées comme l’un des atouts importants de la beauté féminine (1).

Vieillir bien et en bonne santé est un souhait légitime aujourd’hui dans nos sociétés occidentales. Les médecins en sont en majeure partie les garants. Prendre de l’âge en valorisant expérience, charme et dynamisme est une aspiration tout à fait respectable de nos contemporains. Parallèlement, les créateurs d’espace publicitaire nous vendent le bonheur comme intimement lié à la beauté.

La beauté c’est tout d’abord le visage il est le premier langage, la première émotion de la relation entre les individus. A ce titre, il est la zone la plus sollicitée dans la demande de rajeunissement.Mais le visage ne peut revendiquer le monopôle de la beauté d’un individu, la jambe est également un paramètre à considérer.

Certains psychologues se sont intéressés de près aux motifs intimes ou plus ou moins inconscients de ce désir de beauté des jambes. Ils en concluent que 2 motivations inconscientes favorisent cette démarche : un désir de communication et une volonté d’être désirée.

La demande du patient n’est pas toujours une demande vers plus de beauté, mais une demande d’accès à la normalité, une demande de soulagement d’une souffrance : celle de l’apparence en tant qu’interface entre la personne et la société. Nombreuses patientes évoquent spontanément l’envie de pouvoir mettre une robe, d’être féminine.

Dans cette partition, le rôle du thérapeute est d’orchestrer la beauté, le bien-être et l’anti-âge.

Les acides hyaluroniques qui occupent une place prépondérante dans la prise en charge médicale du rajeunisse- ment du visage, peuvent également exercer un rôle dans la beauté des membres inférieurs.

Il y a différents procédés d’injection de l’acide hyaluronique. La mésothérapie, équivalent d’un mésolift, est une des voies privilégiées, d’injection des acides hyaluroniques au niveau des membres inférieurs. Ses indications sont diverses. Son domaine de prédilection est le derme.

LE DERME

Le derme est 10 à 40 fois plus épais que l’épiderme. Sa surface, à la jonction avec l’épiderme, est hérissée de saillies fibreuses, vasculaires et nerveuses : les papilles dermiques. Constitué d’eau à 80%( Il contient 20 à 40% de l’eau totale du corps) de fibres élastines et de collagène noyées dans un gel de glycoprotéines, le derme est le tissu de soutien de la peau.

Les fibroblastes sont les principales cellules du derme. Ils sont essentiellement localisés dans le derme papillaire proche de l’épiderme, et peu représentés dans le derme profond dit derme réticulaire. Ils sont spécialisés dans la synthèse de deux types de fibres protéiques : les fibres de collagène et les fibres d’élastine constituants de la matrice extra-cellulaire.

Les fibres de collagène constituent 70 % des protéines du derme et lui confèrent sa résistance aux tensions et aux tractions. Leur destruction s’opère progressivement au fur et à mesure du vieillissement. Ils diminuent de moitié entre 20 et 80 ans.

Les fibres d’élastines sont des protéines ayant la particularité de se tendre et se détendre ce qui confère aux tissus leur élasticité et leur souplesse. Le derme réticulaire représente la majeure partie du derme.

A ce niveau, les fibres d’élastine et de collagène sont disposées de façon multidirectionnelle alors que dans le derme papillaire, les fibres d’élastine sont orientées principalement perpendiculairement à la surface de la peau.

On sait que l’aspect juvénile de la peau est intimement lié à son état d’hydratation. Avec l’âge il y a une tendance à la déshydratation dermique. Tout est lié à la capacité de l’acide hyaluronique à garder les molécules d’eau. (2)

LA MATRICE EXTRACELLULAIRE

C’est la structure, la charpente du derme. Elle est composée de fibroblastes, de fibre élastines et d’une matrice extra fibrillaire. Au sein de la matrice extracellulaire formée par les fibres de collagène et les fibres élastiques, le derme contient la matrice extra fibrillaire (3), anciennement appelée substance fondamentale.

Elle est extracellulaire et est composée d’un mélange complexe de protéoglycannes, de glycoaminoglycanes dont le principal est l’acide hyaluronique et qui ont pour finalité de capturer l’eau au niveau derme.

L’ACIDE HYALURONIQUE

Sur le plan moléculaire, l’acide hyaluronique (fig. 1) est une chaîne linéaire non ramifiée formée d’unités disaccharidiques répétitives d’acide D-glucuronique et de D-N acétylglucosamine.

Sur ce polymère peuvent se fixer une centaine de protéoglycanes sulfatés, formant ainsi des structures supramoléculaires de taille considérable qui peuvent capturer de grandes quantités d’eau et d’ions permettant ainsi de préserver l’hydratation et la turgescence de la peau.

Différentes cellules sont capables de produire l’acide Hyaluronique : fibroblastes, cellules synoviales, endothéliales, etc… La synthétase qui produit l’acide hyaluronique est identique entre les espèces, ce qui confirme le caractère unique et uniforme de la structure chimique de cette molécule à travers le règne animal.

molécule d’acide hyaluronique

Fig 1 : molécule d’acide hyaluronique

Plus de 50% de l’acide hyaluronique total du corps est présent dans la peau. Avec le temps, sa présence diminue, en particulier parce que les radicaux libres auxquels nous sommes exposés (soleil, pollution…) le détruisent.

On estime qu’à 50 ans les hommes et les femmes ne possèdent plus que la moitié de la quantité d’acide hyaluronique qu’ils avaient dans l’enfance.

taux de l’acide hyaluronique du tissu conjonctif

Le métabolisme de l’acide hyaluronique est très intense et rapide. Sa demi-vie est de moins de 24 h au niveau de la peau. Le métabolisme journalier de l’acide hyaluronique régénère le tiers de la totalité de l’acide hyaluronique que le corps contient.

Le catabolisme de l’acide hyaluronique se fait par liaison au récepteur membranaire CD44. Son temps de résidence tissulaire dépend de différents facteurs et notamment du poids moléculaire. L’acide hyaluronique exogène et endogène ont un poids moléculaire moyen compris entre 1 et 10 millions.

RÔLE PHYSIOLOGIQUE DE L’AHA (4, 5, 6)

Les activités de l’acide hyaluronique dépendent de la taille de la chaîne et de sa masse moléculaire. Si la taille est longue avec un poids moléculaire élevé, il est impliqué dans la structure du micro environnement cellulaire où il conditionne les propriétés mécaniques des tissus et influence indirectement le comportement des cellules.

Si la chaîne est courte, il a une fonction métabolique. En se liant à son récepteur CD44 il déclenche la production d’une cascade de protéines de signal intracellulaire. Cette cascade est à l’origine de la libération de cytokines inflammatoires et de molécule d’adhésion intervenant dans la mobilité cellulaire.

L’acide hyaluronique agit via différents récepteurs cellulaires transmembranaires. Le plus étudié aujourd’hui est ce CD44. (7)

RÔLE STRUCTURAL

Dans l’espace extracellulaire, l’acide hyaluronique joue un rôle fondamental dans le maintien de structure et des fonctions des tissus, grâce à ses capacités à créer un volume, lubrifier les tissus, affecter l’intégrité des cellules, la mobilité et la prolifération.

L’acide hyaluronique participe à l’hydratation des cellules et à la régulation de la balance osmotique. Des études in vitro prouvent que l’acide hyaluronique stimule la synthèse des protéines constitutives des jonctions serrées telles que les occludines ou ZO-1 permettant de prévenir les pertes insensibles en eau. Par ses propriétés viscoélastiques, il joue le rôle de régulateur de tension au niveau de la peau.

De plus du fait de ses nombreux sites de liaison dont il dispose l’acide hyaluronique de grande taille peut capturer ou libérer des cytokines et molécules de signalisation, jouant un rôle de réservoir.

LA MESOTHERAPIE PRINCIPE

Le principe de la mésothérapie (8) consiste en l’injection de faibles doses de médicament, dans la peau au plus près de la lésion grâce à des aiguilles fines.

La mésothérapie a été mise au point par le Dr Pistor en France en 1952, en 1987 elle a été reconnue par l’académie nationale de médecine. Son mode d’action associe une action mécanique (action directe de l’aiguille) et une action médicamenteuse.

L’action médicamenteuse a lieu principalement localement en raison du dépôt des médicaments au plus proche de la lésion, mais certains thérapeutes n’excluent pas une action plus étendue.

Traditionnellement, la mésothérapie est utilisée pour le traitement de la douleur (arthrose, rhumatismes …). Sa déclinaison en médecine esthétique est appelé mésolift lorsque la zone de traitement est localisée au visage. Le concept du traitement consiste à apporter à la peau tout ce dont elle manque pour lutter efficacement contre les radicaux libres, source de vieillissement et contre la déshydratation.

Différentes techniques (9) sont utilisées :

  • épidermique effet vasomoteur et reflexe (nappage)
  • Intradermique superficiel
  • Intradermique profonde
  • dermo-hypodermique
  • intra hypodermique

LES PRODUITS DE MESOTHERAPIE EN MEDECINE ESTHETIQUE

L’arsenal classique

  • Procaïne
  • acide ascorbique
  • calcitonine
  • myorel
  • Caféine
  • silicium organique

Produits de nouvelle génération :

  • l’association acide hyaluronique
  • sorbitol.

De l’acide hyaluronique est aussi employé depuis quelques années et permet de regonfler le derme en le réhydratant fortement. Son association avec d’autres molécules, notamment anti-oxydante, semble particulièrement intéressante.

L’acide hyaluronique est dosé à 12.5 mg / g. Il bénéficie de la technologie de réticulation IPN-like et est associé au Sorbitol. Cette association AH réticulé + agent hydratant et antioxydant (Sorbitol) revendique 3 caractéristiques spécifiques :

– Réticulé pour augmenter la rémanence dans le derme, donc :

  • augmenter la durée d’hydratation du derme,
  • augmenter l’efficacité de restructuration du derme : dégradation progressive du réseau réticulé en chaines AH libres, avec relance cellulaire
  • Présence de l’agent hydratant et anti-oxydant : Sorbitol (fig.2)
  • Molécule fortement hygroscopique : agent hydratant reconnu en cosmétique,
  • anti-oxydant d’origine naturelle équivalent au mannitol, spécifique des radicaux libres hydroxyles les plus nocifs : limite la dégradation immédiate et l’inflammation post-traitement.
 la molécule de Sorbitol

Figure 2 : la molécule de Sorbitol

– De qualité pharmaceutique : excellente tolérance, non irritant, non sensibilisant.

L’action physiologique de cette association est multiple (10) :

  • Hydratation active du derme et de l’épiderme.
  • Amélioration de la tonicité cutanée.
  • Effet tenseur sur la peau avec un effet hydratant immédiat et durable, défripant, lissant et une sensation de fraîcheur et de douceur post-injection exceptionnelle !
  • Stimulation des fibroblastes.

PROTOCOLE D’UTILISATION

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À propos de l’auteur

Jean-Marc CHARDONNEAU

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