Association Française de Médecine Esthétique et anti-âge

Evaluation de la blépharoplastie médicale par plasma (étude clinique)

0

Une blépharoplastie se propose de diminuer les signes de vieillissement présents au niveau des paupières et de remplacer l’aspect « fatigué » du regard par une apparence plus reposée et détendue. Elle permet notamment d’ouvrir le regard par la correction subtile de l’excès de peau des paupières supérieures.

Les « blépharoplasties » médicales désignent toutes interventions visant à supprimer certaines disgrâces des paupières, qu’elles soient héréditaires ou dues à l’âge sans recours à la chirurgie évitant les sutures et les risques inhérents à tout acte invasif.

Qu’est-ce que la technologie Plasma ?

Le plasma est le quatrième état de la matière, où les molécules restent sous la forme ionisée sous l’effet d’une énergie délivrée. Ce passage à cet état de la matière va permettre de sublimer la surface traitée. La décharge de Plasma se crée par une haute tension entre la pointe de l´appareil et la peau. Les appareils utilisés sont des électrocautères produisant un arc plasma voltaïque permettant une rétraction et une sublimation de l’épiderme et du derme superficiel des tissus traités. Leur efficacité commence à être décrite dans des indications de médecine esthétique mais leur action sur la rétraction cutanée n’a pas encore été suffisamment étudiée objectivement.

Étude réalisée dans le service de chirurgie plastique du CHU Henri Mondor

Nous avons réalisé une étude dans le service incluant 20 patients désirant un rajeunissement du regard avec dermatochalasis supérieurs. Le critère de jugement principal était la diminution du dermatochalasis mesuré avec un compas à 6 et 12 mois après une à trois séances de Plasma. Les effets secondaires et la tolérance du traitement étaient évalués. A 12 mois un questionnaire de satisfaction était rempli par les patients et une évaluation par 15 chirurgiens plasticiens était réalisée sur photos.

La diminution moyenne de la taille du dermatochalasis était de 2,47mm (18,3%) à 6 mois et de 1,97mm (14,6%) à 12 mois. Plus de 80% des patients et 78% des chirurgiens plasticiens étaient globalement satisfaits du rajeunissement du regard à 1 an. Une blépharoplastie par Plasma serait recommandée à un proche dans 75% des cas.

Par ailleurs, les patients qui se plaignaient au début de l’étude de paupières lourdes ou de limitation du champ visuel rapportent des taux d’amélioration respectivement de 77% et 71%. Une douleur d’EVA moyenne de 4,5/10 pendant les séances était observée nécessitant un recours au MEOPA (mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote) dans 23% des cas. Aucune séquelle fonctionnelle ni esthétique n’était relevée à 12 mois.

La blépharoplastie supérieure par plasma semble être une option à proposer pour des cures de dermatochalasis débutants ou modérés sans lipoptose associée ou en complément d’une chirurgie.

Avant l’intervention

Une consultation initiale avec le praticien est prévue. Un interrogatoire suivi d’un examen des yeux et des paupières est réalisé à la recherche d’anomalies pouvant compliquer l’intervention, voire la contre-indiquer. Lors de cette consultation le praticien prend connaissance de la demande et précise la zone cutanée à traiter. Il vérifie que la demande est réaliste.

L’arrêt du tabac (ou bien la réduction maximale de sa consommation) est vivement recommandé un mois avant et un mois après l’intervention (le tabac peut-être à l’origine d’un retard de cicatrisation). Lors d’une visite d’inclusion, les patients signent le consentement et une mesure du dermatochalasis de chaque paupière est réalisée à l’aide d’un compas. En cas d’antécédent de manifestation faciale d’herpès virus, une prophylaxie par VALACICLOVIR (ZELITREXÒ) 500mg est prescrite la veille et le matin de la séance. Un bilan photographique est réalisé.

L’anesthésie

La procédure se déroule sous anesthésie locale. Une crème anesthésiante est prescrite et doit être appliquée 1h avant la consultation. Il faut l’appliquer en couche très épaisse et mettre par-dessus le film en plastique. En cas de patient particulièrement pusillanime, une prémédication et une anesthésie complémentaire par MEOPA peut être utile.

préparation avec crème anesthésiante

L’intervention

La séance dure environ 20 minutes. En position demi-assise ou allongée, le praticien effectue une détersion de ces zones à l’aide d’un antiseptique ; il effectue ensuite un repérage des tissus à traiter à l’aide d’un stylo à maquillage. Les séances sont réalisées en décubitus dorsal, les zones de traitement sont repérées à l’aide d’un crayon dermographique, une marge de sécurité de 5mm du bord ciliaire en bas et sourcilier en haut et 3mm du cantus interne. La limite externe est adaptée à chaque patient et peut inclure le début de la patte d’oie.

La sublimation des tissus est réalisée, aucun contact entre la pointe de l’appareil et la peau n’est nécessaire. Un arc plasma est créé afin d’ioniser les zones à traiter pour obtenir une sublimation cutanée. On crée des points espacés de 1mm environ les uns des autres.

Une crème hydratante à la vitamine A ophtalmique est appliquée en fin d’intervention et ensuite pendant 1 semaine.

traitement en cours

 

Après l’intervention

Le traitement est généralement bien toléré et ne provoque pas d’effets secondaires à l’exception d’une rougeur et d’un œdème passager qui disparaissent spontanément sous 72 heures. Il peut persister une légère roseur parfaitement maquillable pendant 6 semaines. Les paupières peuvent être douloureuses la première nuit du fait de l’inflammation. C’est pourquoi nous recommandons de dormir demi-assis et d’appliquer la pommade anti-inflammatoire qui doit être prescrite.

Un traitement antalgique par Paracétamol per os est prescrit si besoin. Après la séance, une carbonisation des tissus est immédiatement visible et peut se maquiller derrière un fond de teint liquide. Cette carbonisation peut être facilement retirée avec une compresse humide mais nous ne le recommandons pas car des zones désépidermisées se retrouvent exposée et les suites deviennent douloureuses. Il vaut mieux laisser les croutes tomber spontanément en 4 à 5 jours.

Le patient peut reprendre immédiatement ses activités, sans aucune restriction, en tenant compte du fait que chaque zone traitée présente une rougeur ou une carbonisation selon le type de traitement.

Les résultats sont visibles progressivement au fur et à mesure de la rétraction des tissus. En fonction de l’importance des cas, plusieurs séances peuvent être nécessaires. Entre 1 et 3 séances sont pratiquées à 1 à 2 mois d’intervalle en fonction de l’effet escompté et de la tolérance du patient.

Roseur post traitement pouvant durer jusqu’à 6 semaines

résultat à 1 an

Effets secondaires

Différents effets secondaires ont été décrits :

Érythème et œdèmes
Ils sont très fréquents1,2,3,4  et apparaissant le jour ou le lendemain de la séance, avec une régression spontanée totale allant de 6 à …………….. Un traitement antalgique par Paracétamol per os était prescrit si besoin, pendant 45 jours au maximum.

Dyschromies résiduelles
Trois études en rapportent : 2 cas5 (sur 4 patients) d’hypopigmentations localisées et temporaires, des cas non énumérés d’hypopigmentations sans description supplémentaires dans l’étude de Holcomb et al.6 et enfin 2 cas3 (sur 10 patients) d’hyperpigmentation résolutive en 3 à 6 mois sous écran total + Triluma®)

La seule dimension impactant la vie post opératoire des patients est la survenue des œdèmes qui peut empêcher le patient de travailler ou de conduire le lendemain au maximum. Une information détaillée et claire du patient avant la séance est primordiale afin qu’il puisse s’organiser (conduite, travail…) pour les 24 prochaines heures.

Des cas de récurrences d’infection à Herpès simplex ont été décrits après des séances 3,6. Le seul cas de récurrence herpétique noté dans notre série concernait un patient qui n’avait pas pris de prophylaxie par Valaciclovir per os. Il a été résolutif en 48h sous traitement. Une prévention per os de récurrence d’infection à Herpès Simplex est primordiale avant une séance de Plasma chez les patients à risque.

Deux cas d’érythèmes avec éruptions acnéiformes post-traitement ont été rapportés dans la littérature (sur 95 patients) et ont été spontanément résolutifs3. Dans notre expérience, nous avons déploré un cas d’impétigo rapidement résolutif sous antibiotique. Il s’agissait d’un cas ou les croutes de carbonisation avait été enlevées trop précocement.

Deux cas de conjonctivites unilatérales ont été relevés, pris en charge par le médecin traitant. Les évolutions ont été favorables après 3 jours et un traitement par collyres antibiotiques (Macrolides) et Vitamine A topique.

Conclusion

La blépharoplastie médicale par arc plasma est une alternative à la chirurgie pour des dermochalasis débutants ou modérés. Elle peut également être utilisée en complément de la chirurgie des paupières.

BIBLIOGRAPHIE

  1. Potter, M. J. et al. Facial acne and fine lines: transforming patient outcomes with plasma skin regeneration. Ann. Plast. Surg. 58, 608–613 (2007).
  2. Kilmer, S., Semchyshyn, N., Shah, G. & Fitzpatrick, R. A pilot study on the use of a plasma skin regeneration device (Portrait PSR3) in full facial rejuvenation procedures. Lasers Med. Sci. 22, 101–109 (2007).
  3. Gonzalez, M. J., Sturgill, W. H., Ross, E. V. & Uebelhoer, N. S. Treatment of acne scars using the plasma skin regeneration (PSR) system. Lasers Surg. Med. 40, 124–127 (2008).
  4. Alster, T. S. & Konda, S. Plasma skin resurfacing for regeneration of neck, chest, and hands: investigation of a novel device. Dermatol. Surg. Off. Publ. Am. Soc. Dermatol. Surg. Al 33, 1315–1321 (2007).
  5. Higashimori, T., Kono, T., Sakurai, H., Nakazawa, H. & Groff, W. F. Treatment of mesh skin grafted scars using a plasma skin regeneration system. Plast. Surg. Int. 2010, 874348 (2010).
  6. Holcomb, J. D., Kent, K. J. & Rousso, D. E. Nitrogen Plasma Skin Regeneration and Aesthetic Facial Surgery: Multicenter Evaluation of Concurrent Treatment. Arch. Facial Plast. Surg. 11, 184–193 (2009).
7.8
  • Note du comité de lecture 7.8
  • Notes Utilisateur (6 Votes) 6.9
Partager

À propos de l’auteur

Jean-Paul MENINGAUD

Professeur au GHU Henri Mondor de Créteil depuis 2009, promu à la 1ère classe en 2017, Chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice, esthétique et maxillo-faciale depuis 2012, Ancien Interne des Hôpitaux de Paris, Ancien Chef de Clinique à la Salpêtrière.  Expert judiciaire près la Cour d’Appel de Paris, Agréé par la Cour de Cassation. Spécialiste de la face, il a participé à 7 greffes de visage depuis 2007. Docteur es Sciences, il consacre une partie importante de son temps à la recherche et publie une vingtaine d’articles scientifiques référencés par an.  En 2011, il a reçu une des plus grandes distinctions en chirurgie plastique, le James Barret Brown award aux États-Unis pour ses travaux sur les prélèvements de greffes de visage. En 2014, il a été élu Président de l’association européenne de sa discipline (EACMFS in 2018-2020). Il a créé trois Diplômes d’Université qui font référence dans le domaine de la médecine esthétique. Il reste passionné par le soin des patients au jour le jour.

Laisser un commentaire