Association Française de Médecine Esthétique et anti-âge

L’épilation laser : que penser de la technologie ‘’IPEEL’’ ?

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Ce document a été écrit pour la table ronde du samedi 13 Octobre 2012 au congrès de l’EMAA organisé sur le thème de l’esthétique de la jambe par le docteur Jean-Marc CHARDONNEAU à Paris.

Toutes les informations et affirmations qui y sont écrites sont le fruit de la recherche personnelle de l’auteur depuis 1998 et ne sont l’objet d’aucun financement de la part des sociétés commerciales ou pharmaceutiques concernées. Seul le prêt de la machine IPeel à titre gracieux pendant la durée de l’étude clinique ici présentée est à considérer.

RAPPELS ANATOMIQUES

Les poils humains se répartissent en deux types

  • les duvets (sans medulla)
  • les poils terminaux qui comprennent medulla, cortex et cuticule.

Les poils du visage sont généralement fins chez la femme. Chez l’homme et chez les femmes atteintes d’hirsutisme, ce sont tous des poils terminaux.
Le bulbe pilaire est riche en fibres nerveuses, d’où la douleur pratiquement obligatoire dès lors que l’on veut détruire le bulbe pileux. D’où notre intérêt pour étudier l’efficacité d’une machine qui se veut totalement indolore en épilation laser « définitive» … Nous rappellerons brièvement l’essentiel de ce qu’il faut retenir pour mieux comprendre l’épilation laser.

En effet, chaque poil est caractérisé par :

  • son cycle pilaire, incluant le pourcentage d’anagènes/Télogènes
  • sa couleur : blanc, gris, blond, roux, châtain clair ou foncé, noir
  • son diamètre : 50 à 400 microns
  • sa profondeur d’implantation : 1 à 5 mm et plus
  • le nombre de follicules par cm2.

LA CROISSANCE PILAIRE

Le tableau ci-dessous résume l’ensemble des données permettant de comprendre la notion de temps de repousse et donc de prévoir l’espacement optimal entre les séances. On remarque en effet que la vitesse de croissance des poils est sensiblement la même quelle que soit la zone du corps concernée.

La différence de repousse entre deux séances d’épilation à la cire ne vient donc pas de la vitesse de croissance mais de la résultante des pourcentages de poils en phase anagène et du nombre de follicules par cm2 sur une zone donnée : ces chiffres sont inversés et dans un rapport de 1 à 10 environ entre le visage et le corps par exemple.

Il faudra donc tenir compte de ces chiffres pour évaluer le temps de repousse entre les séances et optimiser l’effet en étant le plus proche possible de la phase anagène précoce du plus grand nombre de poils à chaque séance. Nous y reviendrons plus loin.

LA CROISSANCE PILAIRE

LES CIBLES LASER

Le chromophore principal est la mélanine, dont nous pouvons observer la courbe d’absorption sur le graphe ci-dessous. La notion de gradient de mélanine entre le poil et les tissus environnants permet d’expliquer l’action de la longueur d’onde 1064nm sur le bulbe pileux.

Les zones ciblées en vue d’une destruction définitive du poil sont le bulge et le bulbe.

La phase ciblée en vue d’une destruction définitive du poil est la phase dite anagène précoce, c’est-à-dire celle où le poil arrive juste à la surface de l’épiderme (il mesure alors entre 1 et 2 mm).

COURBE D’ABSORPTION DE LA MELANINE

LA PHOTOTHERMOLYSE SELECTIVE

Elle est basée sur l’utilisation de l’énergie lumineuse ‘’concentrée’’ sur une couleur, en l’occurrence le noir ou le marron, comme conductrice de la chaleur qui détruira la cible concernée, en l’occurrence le poil dans la région du bulge et du bulbe.

Le chromophore principal pour la couleur noire ou marron est donc la mélanine du poil. Mais il existe également de la mélanine dans l’épiderme, d’où le risque de compétition et la recherche du meilleur compromis entre la chaleur emmagasinée par le poil et la celle de la mélanine épidermique, que l’on peut refroidir plus vite.

En effet, le TRT (Temps de relaxation thermique) du poil (40-100 ms), est supérieur à celui de l’épiderme (3-10 ms). Donc un bon refroidissement épidermique (fenêtre saphir, cryogène ou air froid pulsé) permet de brûler le poil sans brûler l’épiderme.

Les longueurs d’onde comprises entre 700 à 800 nm sont les plus utilisées car les plus performantes pour les phototypes 1 à 3. La longueur d’onde 1064 nm est la plus utilisée pour les phototypes 4 à 6.

LA PHOTOTHERMOLYSE SELECTIVE

LA TECHNOLOGIE DE L’IPEEL

Une technique récente, adoptée par les constructeurs de la machine, consiste à faire monter progressivement en température la tige pilaire en envoyant des trains de pulses rapides au lieu d’un pulse continu, produits par une diode laser 800 nm.

La répétition de multiples passages sur la même zone produit un échauffement de la tige pilaire sans atteinte de la peau et sans aucune douleur. L’efficacité semble cependant moindre et le poil semble s’affiner mais ne pas disparaître aussi bien qu’avec le laser Alexandrite en tous cas, dans notre propre expérience.

CONDITIONS DE LA REUSSITE EN EPILATION LASER

Pour réussir son épilation laser, il faut :

  • Une machine adaptée au type de poils et de peau.
  • Un bon système de refroidissement.
  • Une machine adaptée à la clientèle locale.
  • Respecter les contre-indications (grossesse, photo der matoses, peaux bronzées, pacemakers pour la Radio Fréquence (RF) etc…).
  • Respecter le Temps de Repousse (pour ce faire, l’aide des assistantes est capitale).

Concernant la machine, il faut tenir compte de chacun des paramètres suivants :

  • Longueur d’onde du laser.
  • Taille du spot.
  • Durée d’impulsion.
  • Refroidissement épidermique.

PARAMETRES « MACHINE »

Concernant le patient, il faut tenir compte des paramètres suivants :

  • Âge, sexe, condition hormonale.
  • Ethnie (couleurs de peau) et bronzage (attention à la notion de phototype et d’ethnotype).
  • Couleur des poils.
  • Diamètre et profondeur des poils.

LES LIMITES DE LA PHOTOTHERMOLYSE SELECTIVE

  • Elle n’atteint pas les poils blancs (absence de chromophore).
  • Elle détruit mal les poils fins et les poils clairs (manque d’énergie thermique dans le bulbe).
  • Elle ne permet pas de traiter en toute sécurité les phototypes élevés ni les peaux bronzées.
  • Elle provoque parfois des repousses paradoxales : concernant ces dernières, il semblerait que l’utilisation de fortes fluences d’emblée et le traitement large de toute la zone permette de limiter ces repousses en bordure ou à distance de la zone.

LES SOLUTIONS POSSIBLES

Pour les poils blancs :

Utiliser l’association laser/RF ou lumière /RF du système ELOS ou bien l’épilation électrique à l’aiguille.

Pour les poils fins et superficiels :

  • Diminuer la taille du spot en augmentant la fluence et en diminuant la durée du pulse, mais attention aux brûlures !
  • Utiliser le laser Rubis ou la lumière intense pulsée avec radiofréquence (technologie Elos).

Pour les poils fins et superficiels

Pour traiter les peaux noires :

  • Utiliser la longueur d’onde 1064nm.
  • Rallonger la durée de pulse.
  • Associer la radiofréquence (technologie Elos).

En effet, le courant de radiofréquence (RF) est attiré par les zones chaudes, donc le préchauffage de la cible par l’effet photo thermique, même faible, d’une cible pauvre en mélanine, crée un appel du courant de RF.

L’effet thermique produit est une courbe exponentielle fonction du gradient thermique entre la cible préchauffée et les tissus environnants.

L’effet est semblable à celui que l’on obtient lorsque l’on place une cuisse de poulet dans un micro-onde : la viande autour de l’os cuit plus vite que le reste. De la même façon, on peut donc coaguler progressivement au fil des séances la gaine épithéliale externe des poils clairs, ou même gris ou blancs. Il faudra par contre un nombre de séances double ou triple de celui que l’on observe pour les poils foncés.

Pour les peaux bronzées :

Dans notre expérience, il n’existe pas de machine réellement sans risque pour les peaux bronzées, qu’elles soient de phototype clair ou foncé d’ailleurs.

Le phénomène du ‘’capping’’ dans la cellule épidermique peut être responsable d’une brûlure par le laser, quel qu’il soit. Ce phénomène dure environ deux à trois semaines. Il est réversible.

Pour les peaux bronzées :

Pour les repousses paradoxales :

les conseils divergent selon les opérateurs. Dans notre expérience, le respect du temps de repousse entre les séances, le traitement d’une zone entière à chaque fois (pas de ‘’poil par poil’’ ni de ‘’par-ci par-là’’) et le refroidissement de la zone entière pendant et après la séance nous permettent de n’avoir pratiquement pas observé de repousses paradoxales en bientôt quinze ans de pratique du laser épilatoire.

Pour les repousses paradoxales

LASER ? LAMPE FLASH ? DIODE IPEEL ? QUE CHOISIR ?

Peu importe, pourvu que l’on s’adapte au patient. L’essentiel est de pouvoir traiter en phase anagène précoce à chaque fois pour une meilleure efficacité. La majorité des praticiens s’accordent pour dire qu’il faut traiter en phase anagène précoce. Mais comment le savoir ? En effet, il existe de grandes variations selon la zone et selon le patient. Cliniquement, que signifie ‘’phase anagène précoce’’?

Nous nous reporterons au tableau déjà donné plus haut sur la croissance pilaire pour comprendre l’intérêt de l’utilisation de la notion que nous avons développée en 1998 : le temps de repousse entre deux séances peut être évalué à partir de la notion du temps de repousse habituel de la zone et du patient.

DEFINITION DU TRH (OU TRo)

C’est le temps nécessaire pour la réapparition de poils de 1 mm de long sur la peau après épilation à la cire. C’est le temps de repousse avant toute épilation PERMANENTE (TRo = zéro séance d’épilation permanente). Ce temps est spécifique à la zone et au patient épilé et intègre toutes les valeurs précédentes de la croissance pilaire.

EFINITION DU TRH (OU TRo)

RELATION AVEC LE CYCLE PILAIRE…

Nos recherches effectuées sur plus de 750 patients et plus de 2000 séances nous ont amené à considérer qu’il existe une relation entre le cycle pilaire théorique des poils humains et le TR0 que nous avons défini plus haut. Le cycle pilaire est d’environ 20 fois le TR0 de la zone considérée. Donc pour la jambe : TR0 = 30 jours ce qui correspond à un cycle pilaire de 30 jours x 20 = 600 jours, soit environ 20 mois, ce qui est conforme aux données théoriques dans ce domaine.

RELATION AVEC LE CYCLE PILAIRE

Crédit photo : Agence Photo-Colpia et « Photo Courtesy DR GAUCHER »

On peut alors calculer l’intervalle idéal entre les séances PAR ZONE : pour la jambe, TR0 = 30 jours, donc TR 1 = 60j, TR2=120 jours etc…

Un schéma explicatif simple peut aider à expliquer le repérage de la phase anagène précoce par nos patients de façon à améliorer l’efficacité donc diminuer le nombre total de séances nécessaires pour une épilation permanente de 80 à 90 % des poils sur la zone considérée.
(cf photo du schéma explicatif)

TEMPS DE REPOUSSE (TR) ET CYCLE PILAIRE

COMPLICATIONS ET EFFETS INDÉSIRABLES

  1. Attention aux brûlures superficielles sur les peaux bronzées (même sur phototype foncé)
  2. Attention aux anomalies plaquettaires et aux anti-agrégants plaquettaires : deux cas cliniques de purpura et ecchymoses après séance de laser (l’une au Yag et l’autre à l’Alexandrite) chez deux patientes dont l’une avait une anomalie génétique et l’autre avait pris beaucoup d’Aspirine dans les deux jours qui précédaient la séance.
COMPLICATIONS ET EFFETS INDÉSIRABLES

* VAS = Visual Analogical Scale (Echelle Visuelle Analogique).

ETUDE CLINIQUE COMPARATIVE ALEXANDRITE / IPEEL 2012

EFFECTUÉE ENTRE MAI ET OCTOBRE 2012 AU CABINET DU DOCTEUR CATHERINE GAUCHER À PARIS

  • ETUDE CLINIQUE COMPARANT IPEEL 808 Nm DIODE LASER
    (aisselle droite) et ALEXANDRITE LASER 755 / 1064 Nm Cynosure Elite (aisselle gauche)
  • DUREE DE L’ETUDE :
    4 mois allant du 10/05/12 au 12/10/12
  • NOMBRE DE CAS : 10
  • AGE : 17 ans à 53 ans
  • GENRE : FEMININ
  • PHOTOTYPE PEAU : 1 à 5
  • COULEUR POIL : Noir, Marron
  • RESULTATS (cf tableau ci dessous)

MES CONCLUSIONS

L’épilation dite ‘’laser’’, qu’elle soit laser solide ou diode ou lumière pulsée, reste la meilleure technologie aujourd’hui pour éliminer durablement des poils indésirables sur n’importe quelle zone du corps et n’importe quel type de poils ou de peau.

Il existe de moins en moins de non-répondeurs au traitement si l’on a la possibilité de choisir entre plusieurs technologies. Par contre, il faut être bien clair dès le départ sur le but recherché et l’étude clinique comparative de cette année nous l’a encore confirmé.

En effet, il existe grosso modo deux attitudes :

  • Soit on recherche une épilation ‘’définitive’’ à plus de 80%, sans nécessité de séances d’entretien par la suite, et dans ce cas on doit avoir recours à une technique qui donne des résultats similaires à ceux de l’épilation électrique. Cela demande un laser de type Alexandrite ou Yag mais surtout de gros poils foncés et le respect impératif du temps de repousse entre les 4 à 5 premières séances

L’épilation dite ‘’laser’’

  • Soit on recherche une épilation ‘’durable’’, avec nécessité de séances d’entretien mais allongement du temps de repousse et moins grand pourcentage de disparition définitive des poils (70%), qui vont devenir progressivement plus fins.

Dans ce cas, le confort de l’épilation de type IPEEL est intéressant, d’autant plus que son prix est plus attractif que celui des lasers solides et qu’il présente moins de risque avec les peaux bronzées.

  • Le coût économique, l’évolution des mentalités, la recherche de la « tranquillité comptable » de travail, sous-entendu,
  • l’absence d’une maintenance et pièces hors de prix de certains lasers épilatoires, fera sans doute réfléchir et optimiser ces lasers diode…. par la recherche d’une optimisation du geste…. par exemple.
  • L’épilation laser est actuellement un geste courant dont l’appareillage ne doit pas faire peser sur l’usager le prix de l’outil.

BIBLIOGRAPHIE

 

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À propos de l’auteur

Catherine GAUCHER

Formée à Montpellier et Sète, je pratique l'homéopathie et l'acupuncture depuis 1977 puis la dermatologie depuis 1990. J'ai créé en 1978 l'Ecole d'homéopathie de Montpellier avec le docteur Roland Zissu puis l'association internationale Homéopathes Sans Frontières en 1984 avec le docteur Dominique Jeulin, puis le Centre Laser de La Roche Posay où j'ai pratiqué la dermatologie thermale et les lasers de 98 à 2007. Arrivée à Paris en 2007, j'ai créé un cabinet pluridisciplinaire de dermatologie homéopathie acupuncture et de lasers Dermato Esthétique et chirurgie. Je pratique toutes les techniques non invasives en priorité dont la lipolyse en cryothérapie et la pose des fils tenseurs résorbables depuis 2014. Je pratique pour moi la naturopathie, l'alimentation biologique, le yoga et le jeûne modérément depuis l'âge de 20 ans.

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