Mon expérience des fils crantés tenseurs en PDO

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Depuis quelques années, les fils crantés résorbables semblent trouver leur place dans les différentes techniques de rajeunissement facial progressif. Les fils tenseurs crantés en PDO ont la particularité d’être relativement simples à poser et peu onéreux. Il s’agit ici de partager ma modeste expérience sur cette technique.

Polydiexanone

Cette substance biocompatible est connue et utilisée depuis de très nombreuses années, notamment comme fils de suture résorbables en chirurgie. Initialement, il s’agissait de simples fils lisses dont le but était, soit disant, de « stimuler la production de collagène » de la peau qui devait se « restructurer » et trouver une nouvelle jeunesse. Puis sont apparus des fils spiralés et crantés (« cog threads » en anglais) capables d’apporter une réelle traction mécanique aux tissus cutanés.cog threads

Les fils spiralés ayant, selon nous, un pouvoir de traction très limité, nous nous intéresserons aux fils crantés.

Les fils crantés en PDO se présentent habituellement montés sur une aiguille ou une canule mousse. Il en existe de nombreuses tailles, diamètres et montages. Dans ma pratique, j’utilise les fils 3-0 ou 4-0, en fonction de l’épaisseur de la peau et
de la zone à traiter.

En général, les fils montés sur aiguille sont doublés partiellement ou totalement. L’aiguille étant introduite sur toute sa longueur, le fil reste dans la peau quand on retire l’aiguille. (photo 1 et 2)Differents cogs
Sur canule, le fil est dans le corps de la canule et en ressort plus ou moins selon les marques.  Pour ceux que j’utilise, il faut pousser le fil par son extrémité extérieure en même temps que la canule est retirée.

Je ne remarque pas plus d’hématome lors de l’utilisation des fils montés sur aiguille, par rapport à ceux montés sur canule.

Objectifs des fils

On utilise des fils crantés PDO dans le but d’ accrocher la peau, pour une sustentation mécanique, grâce aux micro-crans (cogs) présents à la surface du fil.

Les crans sont disposéAiguilles en sens opposés pour accrocher en sens inverse à chaque extrémité.

cogs

Certains ont les crans dans le même sens, mais sont pliés en deux et montés sur aiguille, permettant ainsi d’avoir au final des crans en sens opposés.

Le but est donc de soutenir la peau, devenue flaccide ou ptôsée, grâce à cette accroche. Lors de la pose des fils, on constate immédiatement l’accroche sévère des fils en tirant sur l’extrémité externe du fil: celui-ci est quasiment impossible à retirer, présentant une excellente accroche. Ceci peut par ailleurs facilement se traduire par les stries de la peau en face de la zone de trajet du fil, ce que l’on essaie de minimiser au mieux lors de la pose.

Expérience personnelle

Selon mon expérience, il semble qu’il vaut mieux éviter les visages trop maigres, des peaux trop fines, des ptôses trop importantes. Sur les 132 cas traités par fil crantés, 87% des cas concernent le visage médian et cou et 13% la queue des sourcils.

Idéalement les fils PDO crantés sont bien indiqués pour les ptôses faibles à modérées, sur des visages présentant un bon volume et ayant, de préférence, déjà bénéficié de traitement de structure, notamment fillers, tels que l’acide hyaluronique ou l’hydroxiapatite de Calcium, voire la radiofréquence.

Je soulignerais que les techniques dites restructurantes avec ces fillers (“liquid facelift, vectorisation, maillages…) que je pratique aussi, sont très intéressantes pour leur effet liftant sur les pommettes mais moins pour les bajoues, c’est à dire le tiers inférieur du visage. De plus, on sait qu’à force de trop “remplir”, on finit par obtenir des visage “ronds” , trop volumineux (voire bouffis) donc peu naturels.

La pose de fils sur les zones du haut du cou et pour relever la queue du sourcil m’ont donné des résultats moins probants.

Technique de mise en place

1- Habituellement, on procède d’abord par l’examen des zones ptôsées

Ce sont les zones médianes du visage et notamment la zone basse du visage. On trace les trajets qui ne doivent pas se chevaucher. Personnellement, j’applique 2 à 4 fils par hémiface donc je trace des lignes de la zone pré-auriculaire vers 2 a 4 points : sillon nasogénien, pli d’amertume, boule de Bichat. Une traction manuelle modérée permet de voir l’effet attendu.

2 – Prise de photos face et ¾

3 – Désinfection de la zone d’entrée des fils du visage

Mise en place d’une charlotte stérile puis injection de lidocaine adrenalinée à 1%, 2 à 5 ml par hémiface qui présente plusieurs avantages au delà de l’effet anesthésique :

  • hydro-dissection des tissus qui facilite l’introduction des aiguilles/canules,
  • réduction du risque d’hématome par l’adrénaline
  • l’application est aussi facilitée par l’ouverture d’orifices à l’aiguille 19 ou 21GA, dans cette zone d’entrée des fils.

On reste en zone sous-cutanée, en vérifiant de ne pas être trop profond (la douleur peut être un signe) ni trop superficiel (on voit alors apparaitre des déformations sur la peau).
On retire la canule tout en douceur, en poussant sur le fil. Les fils montés sur aiguilles ne nécessitent pas cette manoeuvre mais peuvent “accrocher” plus lors de l’introduction.

4 – Mise en tension des fils une fois le support enlevé

Ceci se fait par petits mouvement de traction sur la portion de fil restée à l’extérieur. Rien ne sert de tirer trop : le fil va être sujet aux mouvements du visage lors des mouvement de mastication et de locution, exercée sur la peau par le quotidien. Un fil trop tendu va donc céder du terrain et un fil pas assez tendu va avoir tendance à se tendre. Ceci est un constat de ma pratique.

On prévient ainsi le sujet bénéficiaire des fils que rien ne sert de vouloir immédiatement après intervention une symétrie parfaite du visage ou une tension très forte.

5 – On coupe les extrémités au ras et on passe a l’autre coté.

Je fais asseoir la patiente et se regarder dans le miroir, pour voir l’effet comparatif immédiat.

Résultats

Dans l’immédiat, on a donc incontestablement un effet lifting. Mais aussi :
– des déformations possibles de la peau, bosses et zones fripées. Ces petits défauts s’estompent et disparaissent en 48h à 72h maximum.
– un coté qui peut être plus en tension que l’autre, préoccupant la patiente aussitôt. Je rassure car, pour l’instant, je n’ai jamais eu d’hémiface qui soit resté plus “tirée” que l’autre.
– des possibles hématomes, en général peu nombreux.
– des douleurs, rares, on conseille glace et/ou AINS pendant 48h.

A long terme, la majorité des cas confirment un effet stable à 3 mois et qui persiste encore 1 an après.
Curieusement, les patientes expriment en grande majorité une satisfaction accrue autour de 3 à 6 mois, alors que les fils en PDO ont disparu.

Comment expliquer l’effet persistant 6 mois après ?
Si je devais donner mon modeste avis, l’explication viendrait du fait que la peau est un organe vivant qui se transforme face à la contrainte mécanique des fils. Le fil va permettre une tension 24h/24, la peau finissant par s’adapter (dans un phénomène de rétraction sur elle-même). Ceci peut être vrai lorsque la ptôse est légère à modérée, sans excédant cutané significatif.

Quand les fils sont naturellement éliminés, la peau s’est déjà profondément restructurée pour s’adapter aux contraintes mécaniques et garde partiellement sa nouvelle forme. On constate ainsi, dans les mois suivant la pose, une”résorption” de l’excédant cutanée apparu lors de la pose des fils.
Ceci dans les limites des capacités de traction du fil résorbable, bien entendu.

Conclusion

Leur relative facilité de mise en place et leur innocuité font des fils tenseurs crantés un allié incontestable du médecin esthétique. Tous les jours nos patientes nous répètent qu’elles veulent “juste un petit effet tenseur”, « qui se remarque pas trop », et “qu’il est hors de question d’aller au bloc opératoire.” Cette technique permet simplement de répondre à cette demande, en toute honnêteté.

En général, il s’agit de patientes ayant déjà bénéficié de traitements de rajeunissement facial et dont la pose de fils permet de traiter la ptôse tissulaire débutante, notamment du tiers inférieur du visage par un simple effet de tension mécanique. On peut, 6 a 8 mois après, placer plus de fils si besoin, notamment si on souhaite plus d’effet tenseur.

On fera la part des choses, en sélectionnant bien les sujets, expliquant bien qu’il y a une grande différence entre lifting chirurgical et effet liftant des fils. Associé aux autres techniques, c’est un traitement très intéressant pour maintenir voire corriger l’ovale du visage.

 

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À propos de l’auteur

Manuel JORGE

Diplômé par l'Université de Médecine de Bordeaux en 1997, installation en 1998 à Lisbonne-Portugal en tant que généraliste particulièrement attaché à la nutrition et aux problèmes liés à l'alimentation. Pratiquant la marmitonne dans le cadre des traitements de l'excès de poids et de la cellulite, il s'inscrit à l'AFME la même année. Ayant suivi les premières formations et congrès de l'époque, il découvre les nombreuses nouvelles voies prometteuses de la médecine Esthétique, alors en plein essor, notamment grace aux nouveaux traitements de visage. Le cadre Portugais est très favorable à la pratique des nouveautés naissantes. DIU lasers médicaux à Lyon en 2009, il se dédie alors exclusivement à la médecine esthétique depuis.

4 commentaires

  1. Bonjour, suite à la pose de deux fils tenseurs silhouette soft auquel je n ai eu aucun résultat, j aimerai savoir si les fils crantés sont plus efficaces ,s ils tiennent longtemps et le prix svp
    Cordialement

    • Manuel JORGE
      Manuel JORGE le

      Difficile a dire sans connaitre le visage. L avantage des fils crantés est surtput leur facilité de pose et leur prix. On en pose 3x plus pour le meme prix que les fils americains a cones donc on peut se dire que on aura plus de resultats.

  2. Ping : Esthétique: vive les fils tenseurs !

  3. L’observation de la persistance d’ un effet tenseur chez certaines patientes, 3, 6 voire 9 mois, au delà du temps de disparition des fils résorbables, qu’ils soient crantés ou à cônes, m’a aussi interpellé.

    Si une fibrose engendrée par les fils ne peut être niée, sa capacité physique de prendre le relai en lieu et place de ceux-ci me semble quelque peu ambitieuse. Les épaisseurs de fibroses décrites en histologie sont de l’ordre de dixième au centième de millimètre, soit dix fois plus fines que les fils eux-mêmes.

    Je partage par contre totalement l’avis de l’auteur, le Docteur Morge, sur cette explication fort plausible que la peau se transformerait grâce au soutien mécanique apporté par les fils, lorsqu’elle n’est pas encore trop distendue.
    Notre tissu conjonctif pourrait avoir bénéficié de cet auxiliaire que sont les fils pour se « remettre » des sollicitations permanentes qu’il encaisse 24/24 et avoir ainsi le temps de récupérer une partie de son tonus perdu.
    En poussant le raisonnement de cette hypothèse, qui reste bien sur à confirmer scientifiquement, il serait intéressant d’observer les effets à moyen terme ( 5-8 ans ) d’une pose de fils permanents ou d’une pose régulièrement entretenue donc renouvelée de fils résorbables sur des patients à un stade très précoce avant que la déformation de la peau des joues ne soit déjà installée : en d’autre terme serions-nous capable d’avoir une réel effet de prévention de l’allongement de la peau à l’instar de la toxine dont nous connaissons à présent l’intérêt de son usage précoce dans la prévention de l’apparition des fractures cutanées.

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