Rapports de problèmes cliniques après injection d’un acide hyaluronique

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L’acide hyaluronique (HA) pourrait être le produit de comblement de ride idéal en esthétique si sa demi-vie n’était pas aussi courte, et particulièrement dans la peau. En effet, le cycle métabolique de l’HA dans la peau est de 3 jours maximum. Pour en pérenniser l’effet, il a fallu réticuler les fibres ou la poudre d’HA. Ceci entraîne bien entendu une modification de la structure tridimensionnelle de la molécule native.

Depuis 1995, date des premiers essais avec les gels d’HA réticulé, on nous enseigne d’injecter dans le derme superficiel, moyen, profond…(Réf 1)

Certains gels ne sont pas adaptés à l’injection dans le derme superficiel, voire dans certaines zones anatomiques. Nous rapportons ici 2 cas d’effets secondaires sévères sur injection d’un des derniers gels d’HA apparu sur le marché européen. Nous avons suivi ces 2 patients, les ayant injectés nous-même au sein de notre cabinet.

MATÉRIEL

Le gel utilisé dans les cas rapportés est le gel Vycross®, Laboratoire Allergan-Pringy, France. Lorsqu’on épluche la notice d’emploi, on constate que textuellement il y est écrit que le gel peut être injecté dans le derme superficiel ou moyen.

Il est indiqué pour la correction des rides fines et moyennes. Il est aussi indiqué pour le traitement des lèvres, en injection intra muqueuse, ainsi que les défauts et autres asymétries. (Réf 2)

La technologie de réticulation Vycross® est obtenue par la réticulation à l’aide de butane diol diglycidyl éther (BDDE), d’un mélange de fibre d’HA de petite masse moléculaire et d’une faible proportion de fibres de haute masse moléculaire. Ceci suivant ce que l’on nous dit dans les formations, congrès et autres présentations par les délégués médicaux. (Réf 3)

SUJETS

2 patientes étaient suivies de longue date au sein de notre cabinet.

La première patiente est née en 1946.

Elle est régulièrement traitée par la toxine botulique depuis 2009, à raison de 2 traitements par an, tant dans les zones bénéficiant de l’AMM que dans les zones actuellement, encore hors AMM, sans problème aucun. Elle bénéficie aussi de comblement de rides avec divers gels d’acide hyaluronique (HA), à raison d’une à deux fois par an.

Dans la région qui nous occupe, à savoir la région buccale, nous avons traité :

  • Son code barre en juin 2009, mai 2010, juin 2011, décembre 2012 et finalement en juin 2013, cette fois, au niveau de sa lèvre inférieure et de la partie haute du sillon nasogénien (triangle nasogénien) -voir ci-dessous.
  • Ses lèvres : mai 2010, juin 2011, mars 2012, avec des gels Matrice 3 D.
  • Sa lèvre inférieure le 11.06.2013 avec le gel Vycross®, à la canule 30G, ainsi que la partie haut de son sillon nasogénien. Un total de 1 ml de gel Vycross® a été utilisé pour tout le traitement.

La deuxième patiente est née en 1954.

Elle est régulièrement traitée depuis 1997, elle aussi par la toxine botulique, 2 à 3 fois par an. Elle est également traitée régulièrement au niveau de ses rides et de ses lèvres. Ces dernières sont traitées à raison de 1 à 2 fois par an avec des gels d’HA.

Depuis 2008, nous utilisons le gel Matrice 3 D avec succès. La dernière injection avec Matrice 3 D date du 08.11.2012. En 2013 : Vycross® a été injecté :

  • 04.04.2013 : Sillons nasogénien, plis d’amertume et lèvres, à la canule 30G, « code barre », à l’aiguille 30G.
  • 02.05.2013 : Bas des sillons nasogéniens, plis d’amertume, à la canule 30G, « code barre » à l’aiguille 30G.
  • 04.11.2013 : Bas des nasogéniens, amertume et lèvres à la canule 30G.
  • 28.01.2014 : Sillons nasogéniens, pli d’amertume, « code barre », à l’aiguille 32G, dans le derme réticulaire superficiel, comme mentionné dans la notice d’utilisation !

DESCRIPTION DES EFFETS SECONDAIRES

La première patiente

La patiente a été injectée au niveau de la partie haute du sillon nasogénien et sa lèvre inférieure le 11.06.2013, à l’aide d’une canule 30G. Dès le soir du 11.06.2013 elle présente un important « œdème » de la lèvre inférieure, avec douleur, l’empêchant de dormir. (Photo 1)

Photo 1 : Aspect clinique de la patiente n° 1

Aspect clinique de la patiente n° 1

Le 21.06.2013, récidive des symptômes, plus marqués au niveau des commissures.

Revue en octobre 2013, la patiente dit avoir eu, durant l’été, des épisodes itératifs d’induration et douleur au niveau de sa lèvre inférieure, plus ou moins tous les 15 jours, et persistant 3 jours…

La deuxième patiente

La patiente n’est venue se montrer que le 17.03.2013, soit 45 jours après le dernier traitement avec le produit Vycross®. Quelques jours après l’injection, aux dires de la patiente, sont apparus des cordons rose-bleuté sur toutes les zones traitées. Il n’y a eu aucun changement de la clinique entre l’apparition des symptômes et le 17.03.2014. (Photo 2)

Photo 2 : Aspect clinique de la patiente n° 2 le 17.03.2014

Aspect clinique de la patiente n° 2 le 17.03.2014

 

TRAITEMENT

La première patiente

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À propos de l’auteur

Patrick MICHEELS

Patrick Micheels est médecin généraliste, spécialisé en médecine esthétique depuis plus de 25 ans. Il est consultant et/ou formateur pour les grands fabricants de toxine botulique et de gels d’acide hyaluronique. Il est auteur de très nombreux articles scientifiques publiés tant en français que dans les grandes revues scientifiques anglophones. Il a participé à 2 études cliniques sur les acides hyaluroniques en collaboration avec l’Université de Genève.

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