Association Française de Médecine Esthétique et anti-âge

La rhinoplastie médicale : une alternative thérapeutique prometteuse

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Résumé

La rhinoplastie médicale est une technique permettant, tout en s’affranchissant de la chirurgie, d’améliorer dans un grand nombre de cas l’esthétique globale de la pyramide nasale. Cette technique connaît un engouement croissant depuis l’arrivée d’acide hyaluroniques fiables et assez réticulés permettant un modelage suffisant. L’usage de la toxine botulique permet de compléter l’action des fillers, notamment lors de la mimique faciale.

Le climatère particulier de cette région nous oblige néanmoins à la plus grande prudence pour éviter les complications potentiellement graves comme la cécité. C’est dans cet optique qu’une revue de la littérature portée essentiellement sur des séries de cas et sur l’expertise de certains auteurs a permis d’en confirmer l’intérêt pour les patients, d’évoquer les rares complications et les moyens de les prévenir.

Mots clés : non surgical rhinoplasty, filler, injection, nose, hyaluronic acid, hydroxyapatite, Botulinum toxin, adverse effects, side effects, complications.

Introduction

Le nez a toujours été considéré comme l’unité esthétique centrale du visage [1].

C’est ainsi que la rhinoplastie fut l’une des premières interventions chirurgicales rapportée dans l’Egypte ancienne et demeure aujourd’hui l’une des interventions esthétiques la plus pratiquée au monde [2]. Les premières injections de produits de comblement ou fillers avaient pour but, dans les années 1980, de corriger essentiellement les défauts après une rhinoplastie chirurgicale évitant ainsi les reprises.

L’amélioration progressive des fillers et l’usage de la toxine botulique permettent aujourd’hui de répondre à cette demande avec un résultat rapide, quasi indolore, sûr, modulable et sans recours à la chirurgie. La rhinoplastie médicale apparaît dès lors pour un nombre croissant de praticiens comme une alternative thérapeutique pertinente pour leurs patients.

Nous nous proposons ici de décrire la rhinoplastie médicale à travers la synthèse des expériences publiées pour en extraire les enseignements et recommandations utiles à sa bonne réalisation et pour en prévenir les complications.

I. Matériel : description de la technique

1) Le climatère

L’analyse morphologique du nez, de face et de profil, distingue 3 zones (Fig. 1) susceptibles d’être améliorés par les fillers et/ou la toxine.

Fig. 1. Anatomie descriptive de la pyramide nasale.

La vascularisation du nez comporte un large réseau anastomotique alimenté par des branches des artères carotides internes (ophtalmique) et externe (faciale) [5]. Cette anatomie doit être parfaitement connue pour orienter les injections de manière sûre (Fig. 2).

L’innervation est assurée majoritairement par la branche ophtalmique (V1) du nerf trijumeau à l’exception des ailes du nez et des narines sous contrôle de la branche maxillaire (V2).

2) L’intervention

Les corrections sont possibles par comblement ou par atténuation de forces musculaires via la toxine botulique. Les trois zones de la pyramide nasale peuvent être injectées en fonctions de l’aspect du nez. Les différents angles devront systématiquement être analysés et éventuellement traités dans l’ordre préférentiel de leur numérotation (Fig. 1). L’angle 1 permet de remonter la pointe du nez, l’angle 2 permet de corriger les nez trop retroussés ou « en trompette », enfin l’angle 3 permet d’atténuer un creux inesthétique et d’ouvrir l’angle naso-frontal.

L’injection de toxine se fera dans le muscle Depressor septi (Fig. 3) 2,5 U Vistabel® de chaque coté pour remonter la pointe du nez.  La même dose dans chaque muscle élévateur pour éviter la rotation du nez lors du sourire et également 2,5 U dans le muscle dilatateur des narines pour rétrécir l’ouverture narinaire. Enfin le Procerus pourra recevoir 5U pour combler l’angle 3. Éventuellement les muscles transverses pourront être injectés avec 2,5 U pour atténuer les « bunny lines ».

Les contre-indications aux fillers et à la toxine botulique seront recherchées et exclues à l’interrogatoire.

Les suites sont simples, toutes au plus marquées par de rares œdèmes ou ecchymoses, facilement maquillables. Il sera recommandé au patient d’éviter le port de lunettes si l’angle 3 a été injecté pour éviter la migration de produits. Un contrôle systématique à 15 jours permettra d’apporter les éventuelles corrections.

La durée du résultat est variable en fonction des fillers utilisés et de l’adjonction ou non de toxine botulique. Elle est au minimum de 6 mois, si bien qu’un suivi semestriel sera proposé.

Fig. 2. Vascularisation de la pyramide nasale. La circulation artérielle en provenance de la carotide externe est matérialisée en rouge, celle en provenance de la carotide interne en gris.

Fig. 3. Muscle de la pyramide nasale [10].

II. Méthode

Les données ont été recueillies sur une sélection d’articles et d’ouvrages. Les moteurs de recherche utilisés sont ceux de Pub Med, ScienceDirect, l’Encyclopédie Médico-Chirurgicale et Google®.

Une recherche booléenne a été effectuée en utilisant les mots clés suivants (en anglais et en français) : rhinoplasty, filler, injection, nose, non surgical rhinoplasty, hyaluronic acid, hydroxyapatite, medical, botulinum toxin, adverse effects, side effects, complications.

La synthèse de 13 articles publiés, dont 6 au niveau international, présentant des séries rétrospectives de cas [6,7,8,9,10] a été réalisée et complétée par la lecture de trois ouvrages [5,12,13]. Ainsi, nous pouvons estimer de manière globale la satisfaction des patients, les protocoles thérapeutiques utilisés, la durée d’efficacité, les retouches nécessaires, les complications rapportées et leurs issues, la durée des résultats et les recommandations des auteurs.

III. Résultats

1) Effectifs et indications

La population concernée par la rhinoplastie médicale est essentiellement féminine (85,3%) et d’âge jeune (35,6 ans). L’indication principale reste la rhinoplastie primaire c’est à dire dans un contexte vierge de tout traumatisme ou de chirurgie. Les rhinoplasties secondaires sont tout de même rapportées dans les suites d’une chirurgie pour corriger des défauts persistants [7,8].

Fig. 3. Synthèse (1/2) des résultats de publications sur la rhinoplastie médicale

2) Le degré de satisfaction

Une forte satisfaction des patients est enregistrée par l’ensemble des auteurs de manière concordante avec une moyenne de 91,3% et des écarts se situant entre 88% [8] et 94,1% [7]. Cette satisfaction est recueillie de manière prolongée dans chaque étude avec un suivi minimal de 6 mois à 30 mois (moyenne : 14,75 mois). Cette satisfaction reste stable dans le temps avec un faible taux de variation. Les critères d’évaluation de satisfaction varient en fonction des études selon qu’ils aient été recueillis par les patients et/ou les praticiens, en aveugles ou non et selon l’échelle utilisée.

3) Produits de comblement et toxine botulique

L’acide hyaluronique utilisé pour la rhinoplastie reste invariablement hautement réticulé pour permettre un modelage suffisant et une durée d’action satisfaisante. La gamme Juvéderm® (ultra 4, Volift, Voluma) est la plus fréquemment utilisée dans ces études. Néanmoins, on note l’utilisation en Chine de l’EME non commercialisée en France. Cet acide hyaluronique, qui a reçu l’autorisation de la China Food and Drug Administration en octobre 2009, est fortement concentré (30 mg/mL). Il est issue d’une production industrielle, par fermentation bactérienne et utilise comme agent réticulant de l’hydroxypropyl methyl cellulose.

L’hydroxyapatite de calcium utilisé est le Radiesse®, deux études en rapportent l’utilisation de manière isolée et/ou conjointe avec l’acide hyaluronique. Il est le plus souvent injecté pour donner du volume au dorsum.

La toxine botulique utilisée de manière combinée à l’acide hyaluronique ou à l’hydroxyapatite de calcium demeure le Vistabel®.

4) Durée d’efficacité

Les études rapportent de manière reproductible une durée d’efficacité similaires aux données des fournisseurs ; ainsi la durée d’efficacité de l’acide hyaluronique varie de 9 à 14 mois là ou celle de l’hydroxyapatite, plus importante, s’étend de 14 mois à 2 ans [8,11]. La toxine botulique utilisée dans 2 des études a une efficacité moyenne de 4 mois [10,11].

5) Suivi et retouches

Les patients ont été revus systématiquement pour contrôler l’efficacité des injections et traiter les éventuelles complications. Ce suivi a été réalisé 2 à 3 semaines après l’intervention puis de manière plus ou moins rapprochée et étendue selon les études (de 9 mois à 3 ans). Les retouches sont fréquentes (20% à 62%) au cours de ce suivi avec des supplémentations au cours de la visite de contrôle. Cela témoigne d’une volonté partagée de sous corriger initialement plutôt que de sur-corriger. Ainsi, le volume injecté au cours de la première intervention est de 1,1 mL (0,5-1,6 mL). L’injection de toxine botulique n’a pas nécessité de retouches.

Fig. 3. Synthèse (2 /2) des résultats de publications sur la rhinoplastie médicale

6) Effets secondaires et complications

Les effets secondaires les plus fréquemment rapportés sont les ecchymoses, œdèmes, douleurs, érythèmes et migrations secondaires de produit. Ils sont fugaces, leur fréquence de survenue est relativement faible mais variable selon les publications (0,0-8,7%). Tous les auteurs s’accordent sur l’obligation d’en informer correctement le patient avant l’injection et de les rassurer sur leurs caractères bénins.

Les complications secondaires à l’injection de produis de comblement ont été rapportées dans 3 études avec 5 cas au total :

  •  Une infection staphylococcique post injection de Radiesse® sur un nez multi-opéré, résolutive [11].
  • 3 complications vasculaires dont 1 ischémie résolutive après injection de hyaluronidase sur un nez précédemment traumatisé, 2 embolies avec des zones érythémateuses également résolutives après deux mois de suivi et de traitement associant hyaluronidase et dérives nitrés. Seul l’acide hyaluronique a été utilisé dans cette étude [9].
  • 3 infections secondaires aux injections de Radiesse®. La première est survenue sur une rhinoplastie primaire. Elle fut complètement résolue après corticothérapie et antibiothérapie correctement suivies. La seconde infection est apparue sur une patiente ayant eu une rhinoplastie chirurgicale 15 mois auparavant. Une mauvaise observance et compliance avec refus de prendre les antibiotiques ont participé à une extension des lésions infectieuses et à l’apparition de zones ischémiques. Cette dernière patiente a été perdue de vue. Enfin la troisième infection est apparue également sur une rhinoplastie secondaire, l’endoscopie nasale a révélé un abcès déviant la cloison nasale avec un gène respiratoire. L’abcès fut drainé chirurgicalement et associé à un traitement antibiotique avec une cicatrisation dirigée. Les suites ont été favorables sur le plan fonctionnel et esthétique.

7) Techniques utilisées et recommandations.

Les techniques d’injections des produits de comblement diffèrent en fonction des praticiens et des produits. En effet, si tous s’accordent sur l’obligation d’être dans un plan sous cutané, certains injectent l’acide hyaluronique au contact osseux et cartilagineux [6,7,8,9,11], d’autres dans le plan musculaire [7] et enfin certains de manière plus superficielle mais toujours sous cutané [7,10]. Han X. et al. proposent même dans leur revue d’associer ces trois profondeurs d’injection pour optimiser leur résultat [10].

Concernant l’hydroxyapatite de calcium, tous les auteurs l’injectent au contact osseux ou cartilagineux.

Les divergences techniques portent également sur l’utilisation d’aiguilles ou de canules et sur leurs calibres. Il est intéressant de noter que tous les cas de complications vasculaires rapportés sont survenus à la suite d’injection à l’aiguille et jamais à la canule.

Les injections se font de manière linéaire et rétro-traçante en évitant tout bolus, la pression du piston doit être la plus douce possible pour éviter les compressions ou migrations emboliques de produits.

Les techniques d’injections de la toxine botulique sont, quant à elles, standardisées et correspondent à des injections intramusculaires dans les muscles concernés.

IV. Discussion

La rhinoplastie médicale est une technique qui a débuté dans les années 1980 en utilisant les gels de silicone et le collagène bovin. Elle servait alors essentiellement de technique de « camouflage » pour éviter le recours chirurgical de corrections esthétiques jugées mineures [3].

Le génie génétique et l’industrie pharmaceutique ont permis, ces dernières décennies, une amélioration notable de la qualité et de la sécurité des produits de comblement. Ainsi, l’utilisation d’acides hyaluroniques plus ou moins réticulés et plus récemment de l’hydroxyapatite de calcium permettent de reconsidérer leurs indications dans le cadre de la rhinoplastie esthétique. De même, l’utilisation récente de la toxine botulique sur les muscles du nez pour en modifier l’aspect et corriger les rides d’expression suscite l’intérêt des praticiens.

La demande de cette intervention reste forte et les progrès thérapeutiques permettent aujourd’hui de limiter d’une manière générale les gestes invasifs et donc, les complications et suites opératoires.  La rhinoplastie n’échappe pas à cette règle. Ainsi, les rhinoplasties médicales primaires vont séduire de nombreux patients pour éviter un recours chirurgical synonyme de suites lourdes, d’indisponibilité, de résultats peu modulables, d’une anesthésie générale et d’un coût plus élevé. Les praticiens, dont les chirurgiens, la proposeront également d’emblée car la technique est rapide, sûre, simple à réaliser, modulable, avec un résultat proche de celui prédit avant l’intervention.

Les principales indications de la rhinoplastie médicale sont [4,5] :

  • Une arête trop plate surtout sur les nez ethniques ;
  • Les asymétries légères et insuffisance de projection de la pointe ;
  • Les abaissements de la pointe ;
  • Une légère bosse modifiant la courbure du nez ;
  • Les échancrures cutanées du dorsum ou de la pointe du nez ;
  • Un diastasis cutané inesthétique de la columelle et de la pointe ;
  • Les corrections éventuelles après une rhinoplastie chirurgicale ;
  • Les imperfections cutanées telles que les rides horizontales à la racine du nez et les « bunny lines » visibles au sourire.

La rhinoplastie chirurgicale sera cependant encore le gold standard pour les corrections plus importantes avec déviation de la cloison ou nécessitant le retrait d’une partie du cartilage ou de l’os. Elle permet également d’obtenir un résultat plus pérenne. Certains chirurgiens préféreront pour cela parler de « rhinomodulation » plutôt que de rhinoplastie tant que les patients ne passent pas entre leurs bistouris. La rhinoplastie chirurgicale pourra tout de même se voir épauler par cette rhinoplastie médicale pour corriger un défaut persistant et éviter une seconde intervention. De plus, l’intervention chirurgicale peut se compliquer d’une perte de substance trop importante ou de zones de nécrose cartilagineuse. La rhinoplastie médicale secondaire devient alors un complément thérapeutique utile.

Les publications concernant cette technique sont récentes (depuis 2007) et encore peu nombreuses (37 publications référencées dans MEDLINE par exemple). Les séries de cas sont encore moins nombreuses et plus récentes. Nous avons pu exploiter 6 d’entre elles pour apprécier au mieux cette technique dont l’engouement revient au devant de la scène.

La synthèse de ces articles dont nous avons exposé les résultats montrent que cet engouement est justifié par l’excellente satisfaction des patients qui y ont recours.  Malgré des différences dans l’évaluation de cette satisfaction en terme d’échelle de recueil ou de suivi, les chiffres sont très concordants et témoignent donc d’un critère objectif d’évaluation.

La patientèle est essentiellement féminine comme souvent pour les actes de médecine esthétique. Elle est aussi jeune et donc en pleine période d’activité professionnelle peu propice à une indisponibilité et à des suites complexes. De plus, le coût d’une rhinoplastie chirurgicale peut représenter un frein pour une population encore jeune.

Les résultats modulables et transitoires finissent par convaincre de nombreux patients inquiets d’un résultat définitif ne leur convenant pas. Enfin, ces complexes apparaissent souvent tôt, le plus souvent à l’adolescence, expliquant là aussi le recours à une intervention à un âge jeune.

Les patients plus âgés auront plus recours à la rhinoplastie médicale pour corriger des rides d’expressions (bunny lines ou rides de la racine du nez), corriger une pointe tombante au sourire ou encore corriger les séquelles inesthétiques d’un traumatisme.

Les produits utilisés par les auteurs se résument en grande partie à l’acide hyaluronique. Ce dernier doit être suffisamment réticulé pour permettre l’effet volumateur et sculptant escompté et permettre une tenue suffisante dans le temps. C’est ainsi que l’on retrouve dans cette étude des acides hyaluroniques hautement réticulé. Le plus utilisé est le Juvéderm. Les études décrites ici ne permettent pas d’observer de différence significatives entre ces produits en terme d’efficacité, de persistance et de complications. L’utilisation de produits est donc souvent une affaire de préférence des praticiens. Kurkjian TJ. et al. [14] se positionnent sur l’utilisation préférentielle du Restylane® sur toute la pyramide nasale et réserve l’utilisation du Juvéderm plus hydrophile pour la pointe du nez.

Rivkin [5], fort d’une expérience de 10 ans et de plus de 2500 patients, confirment la bonne indication de ces deux molécules pour un résultat satisfaisant. Il les recommande pour les praticiens débutant cette technique ou ne la réalisant que de manière occasionnelle. Sa pratique chevronnée l’a conduit à utiliser du Perlane® aux particules plus épaisses. En effet, il décrit ainsi une meilleure définition, un pouvoir sculptant et une tenue plus importante. L’arrivée en 2013 du Juvéderm Voluma®, acide hyaluronique le plus réticulé actuellement, a donc naturellement fait préféré son usage par Rivkin qui le décrit comme le meilleur acide hyaluronique pour sa pratique. Notons ici que cet acide hyaluronique détient le record de longévité (2 ans). Nous ne retrouvons pas de publications autres témoignant de son usage dans la rhinoplastie médicale. Rivkin lui même ne dispose que d’un recul faible (5 mois).

Ce dernier maintient néanmoins sa préférence pour le Radiesse. Il ne lui trouve pas son pareil pour redresser et sculpter la pointe du nez et pour corriger le dorsum. Il souligne son avantage chez la patientèle asiatique nécessitant une augmentation importante du dorsum ainsi qu’une tenue légèrement supérieure tant le temps (9 à 12 mois) par rapport aux acides hyaluroniques (6 à 9 mois) excepté le Voluma®. Cet avis n’est pas partagé par la majorité des auteurs.

L’expérience de Rivkin lui confère une certaine expertise limitant la survenue de complications. Il ne rapporte d’ailleurs pas plus de complications avec le Radiesse qu’avec les acides hyaluroniques. Nos séries de cas ne permettent pas non plus d’observer de différence significative dans la survenue de complications entre les acides hyaluroniques et l’hydroxyapatite de calcium ni entre les acides hyaluroniques eux même. Mais, le management des complications semble plus sécuritaire avec les acides hyaluroniques. C’est ainsi que certains auteurs déconseillent fortement l’usage du Radiesse® car il n’est intrinsèquement pas sensible à la hyaluronidase. Cette dernière peut néanmoins être utilisée en cas d’injection de Radiesse® pour agir sur les molécules natives d’acides hyaluroniques et réduire localement le volume mais l’efficacité sera moindre.

Dans notre série de cas, nous rapportons 4 cas d’infections après injections de Radiesse® mais aucune ischémie. Cette complication redoutable et redoutée de tous n’a été observée dans cette revue qu’au cours d’injections d’acide hyaluronique [9]. Il est pertinent de noter que ces complications vasculaires sont survenues à la suite d’injections à l’aiguille alors que les injections à la canule ont été sans complication vasculaire. Il également intéressant de noter que cette même étude rapporte un cas d’ischémie et deux cas de migration embolique secondairement à un volume moyen d’injection plus élevé (0,9-1,6 mL) que les autres séries.

Ces complications restent rares mais leur connaissance doit être parfaite pour en informer le patient, les reconnaître et savoir les traiter efficacement en cas de survenue. Elles devront être différenciées des effets secondaires fréquemment décrits tels que les œdèmes, érythèmes, douleurs, ecchymoses ne nécessitant qu’un suivi simple. Les complications rapportées ici sont les infections, ischémie et embolies cutanées.

Une analyse plus étendue de la littérature rapporte 37 cas de cécité après injections faciales de produits de comblement. Sept d’entre elles font suite à une rhinoplastie médicale, les injections à l’aiguille, un volume important, des bolus, une forte pression d’injection sont reconnus comme facteurs de risque de migration embolique dans l’artère centrale de la rétine via des branches de l’artère dorsale nasale.

Ainsi, il paraît avisé selon les auteurs de respecter un certain nombre de précautions pour prévenir ces complications potentiellement dévastatrices :

  • L’anesthésie se fera préférentiellement avec de topiques à base de lidocaïne pour éviter les les œdèmes secondaires aux injections qui interfèrent dans l’évaluation du volume nécessaire du remplissage.
  • L’application de froid sur la pyramide est une mesure associée pertinente. Elle permet de compléter l’effet anesthésiant de la lidocaïne et permet une vasoconstriction locale réflexe limitant les œdèmes et lésions vasculaires.
  • L’emploi de canule semble indispensable, surtout en cas de pratique occasionnelle ou débutante. Elle permet d’éviter toute extravasation de produit dans un vaisseau et reste moins délétère pour les tissus que l’aiguille. Seul Rivkin préféra l’injection à l’aiguille car il la trouve plus précise que la canule pour injecter le produit à l’endroit voulu. Mais il faut rappeler son expérience de plusieurs années dans cette pratique et en conclure à un usage réservé aux praticiens aguerris. Tous les auteurs s’accordent néanmoins sur une injection linéaire rétrotraçante pour le remodelage du dorsum.
  • Le volume d’injection est également un point important. La règle commune aux injections de fillers dans la face s’applique encore plus pour la rhinoplastie médicale. Il faut sous corriger quitte à secondairement rajouter du produit au cours de la consultation de suivi. Cela préviendra une pression trop importante risquant de compresser les structures vasculaires ou d’entrainer une migration embolique conduisant à des ischémies voire des cécités. Il faut également prendre en compte l’œdème immédiat lié à l’injection. Cela est surtout vrai pour les acides hydrophiles. Aucune recommandation précise sur le volume ne fait consensus du fait de la variabilité des indications posées. On peut néanmoins observer que le volume moyen injecté se situe autour d’une seringue d’1 mL. Ce volume sera réparti de manière progressive, sans bolus.
  • L’injection doit être profonde. Idéalement, au contact osseux ou cartilagineux. En effet, les structures vasculaires se situent dans le SMAS. Une injection volontairement plus superficielle pour cibler le plan sous cutané direct ou le plan musculaire expose au risque de lésions vasculaires. Il faut également rappeler la faible épaisseur cutanée au niveau de la pyramide nasale notamment au niveau du dorsum. Cette injonction est encore plus importante pour le Radiesse® et les acides hyaluroniques fortement réticulés pour prévenir tout effet Tyndall.
  • L’injection se fera le plus médialement possible pour éviter l’artère dorsale nasale et l’artère angulaire.
  • Le choix du produit se portera majoritairement sur l’acide hyaluronique. La possibilité d’une réversion totale, en l’absence d’allergie à la hyaluronidase, sécurisera les praticiens novices ou même confirmés en cas de complications. Cela permet également de moduler le résultat en cas d’insatisfaction du patient.
  • Un kit de secours et une procédure doivent être disponibles en cas de lésions vasculaires. Rivkin la décrit de manière exhaustive. Elle comprendra la hyaluronidase, de la nitroglycérine en crème, de l’aspirine, des corticoïdes oraux et injectables. Ces lésions seront suspectées en cas de blanchissement, d’ecchymoses ou de cyanoses d’apparition brutale et immédiates après l’injection dans la zone injectée. Il faudra être attentif à toutes douleurs oculaires, perte de vision, ptosis, ophtalmoplégie, larmoiements, nausées et maux de tête qui pourraient témoigner d’une embolisation des vaisseaux ophtalmiques.

Concernant les injections de toxine botulique, aucune précaution particulière au delà de celles habituellement réalisées ne seront nécessaires. Une bonne connaissance de l’anatomie musculaire du nez est évidemment un prérequis indispensable pour un résultat harmonieux et satisfaisant.

V. Conclusion

La rhinoplastie médicale est une technique combinée utilisant essentiellement les produits de comblement et la toxine botulique. Sa simplicité de réalisation pour le praticien et les suites légères pour les patients expliquent son succès croissant.

Comme toute technique de médecine esthétique, elle nécessite néanmoins une bonne connaissance du climatère et de ses particularités pour éviter comme nous l’avons vu des complications potentiellement graves. En respectant ainsi les recommandations des auteurs, encore peu nombreux à rapporter leurs expériences, la rhinoplastie médicale demeure une technique sure et très efficace comme en témoigne l’excellente satisfaction des patients.

Elle pourra se substituer et même corriger secondairement une rhinoplastie chirurgicale. Cette dernière conserve néanmoins sa pertinence en cas de déviations importantes ou lorsqu’un geste de soustraction est nécessaire pour remodeler la pyramide nasale.

La rhinoplastie est la quatrième intervention chirurgicale la plus réalisée en Europe ; de nombreuses indications permettent de la remplacer avantageusement par la rhinoplastie médicale et invite tout médecin esthétique à se former à cette technique pour satisfaire au mieux sa patientèle.

Bibliographie

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  2. Nguyen P.S., Mazzola R.F. Histoire de la rhinoplastie esthétique. Annales de chirurgie plastique (2014) 59,374-379.
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À propos de l’auteur

Redouan SAIDI

Formation universitaire: - DIU Européen des Lasers Médicaux. Faculté de médecine de Paris V - DIU de Médecine Morphologique et Anti-Age. Faculté de médecine de Paris V - DIU de Mésothérapie Antalgique et Esthétique. Faculté de médecine deParis VI - DU de Transfusion Sanguine, Hémovigilance et Responsable de dépôt. Faculté de médecine de Marseille - DU de Vaccinologie-Médecine des Voyages. Faculté de médecine de Bordeaux II - DU de Virologie systématique. Institut Pasteur à Paris - Diplôme de Master 2 en Sciences. Faculté de médecine de Marseille - DES de Biologie Médicale. Faculté de médecine de Marseille - DES de Médecine Générale. Faculté de médecine de Bordeaux II - Diplôme d’Etat de Docteur en Médecine, Faculté de médecine de Marseille Pratique la médecine esthétique au Luxembourg et en France à Metz: Acide Hyaluronique, Blépharoplastie non chirurgicale au PlexR, Epilation définitive (laser et electrolyse), Greffe de cheveux en technique FUE, High Intensity Focused Ultrasound (HIFU), Fils tenseurs, Radiofréquence needle, Lasers médicaux (détatouage, couperose, cicatrice d’acné,rejuvénation, tâches pigmentaires), Liposuccion sous anesthésie locale (Body-jet, technique à la seringue, lipolyse laser), Mésothérapie (alopécie, anti-douleurs, cellulite, mésolift, vergetures), Peeling, Plasma Riche en Plaquettes (PRP), Radiofréquence, Rhinoplastie médicale, Toxine botulique.

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