Un premier cas de cancer suite à la pose d’implants fessiers

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En novembre 2018, le dossier « Implants Files » avait permis de mettre en évidence l’inertie des autorités sanitaires face à la recrudescence du lymphome anaplasique, un cancer lié à la pose d’implants mammaires. Près de six mois après, des mesures ont effectivement été prises pour retirer certaines prothèses du marché, et plus spécifiquement, des prothèses macrotexturées. Or, récemment, un communiqué publié par l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery alerte sur la pose d’implants fessiers qui auraient provoqué le même type de cancer sur une patiente.

Le dossier « Implants Files » relance le débat

En novembre dernier, le dossier « Implants Files » relance le débat autour du scandale des PIP et des mesures appliquées par les autorités sanitaires. Or, près de 10 ans plus tard, de nombreux professionnels en chirurgie esthétique estimaient que le nécessaire n’avait pas été fait et que le risque de développement d’un lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC) continuait d’augmenter.

« Lorsqu’on a découvert la maladie, on avait un ou deux cas par an. Aujourd’hui, c’est plutôt sept à huit nouveaux cas chaque année » avait déclaré Philippe Gaulard, chef du département pathologies à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil.

Ce type de cancer se déclare en général 10 ans après la pose de la prothèse, mais il est souvent qualifié de bénin s’il est détecté à temps. Par ailleurs, il suffirait de retirer l’implant pour qu’il disparaisse. Poudrant, d’autres professionnels de la santé parlent d’évolutions très sévères puisqu’en France, on dénombre déjà trois personnes décédées de ce type de lymphome.

Des prothèses macro-texturées retirées du marché

Et ce que pointent les professionnels en chirurgie esthétique, c’est surtout un type de prothèses bien particuliers,dites macrotexturées. Leur spécificité, c’est leur texture rugueuse due à la projection de sel sur la surface qui leur donne un aspect irrégulier. C’est également ce qui leur assure un effet velcro, capable de rester bien en place une fois implantées.

Or, en juillet 2018, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) publie un rapport dans lequel elle indique que sur 50 cas de femmes porteuses d’implants mammaires et ayant développé un lymphome, 64 % avaient des prothèses de la marque Allergan et 78%, des prothèses texturées.

Suite à ces conclusions, nombreux sont les praticiens qui avaient abandonné la pose de ce genre d’implants, dont le professeur Lantieri qui avait évalué un risque 2,8 fois plus élevé de développer un cancer avec la pose d’une prothèse Biocell d’Allergan. « On nous bassine tous les jours avec le principe de précaution, là ce n’est même pas un principe de précaution, c’est un principe de prévention », explique-t-il.

Finalement, le 17 décembre 2018, « les dispositifs médicaux des gammes Microcell et Biocell la marque Allergan » ont perdu leur marquage CE et ne peuvent donc plus être commercialisés en France et en Europe. Par ailleurs, la marque a pour obligation de procéder au rappel des produits déjà distribués.

Un nouveau cas de lymphome anaplasique suite à la pose d’implants fessiers

Et alors que des mesures viennent à peine d’être prises concernant la pose de d’implants mammaires macro-texturées, un premier cas de lymphome anaplasique vient d’être détecté suite à la pose d’implants fessiers. Dans un communiqué de l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery, ces professionnels expliquent : « nous décrivons ici un cas unique d’ALCL associée à un implant glutéal (GIA-ALCL) chez une femme d’âge moyen. La patiente a reçu des implants bilatéraux fessiers en silicone texturé seulement un an avant le diagnostic de GIA-ALCL ».

Pour eux, ce genre de complications reste extrêmement rare « mais potentiellement mortelle qui a été largement associée aux implants mammaires ».

En conclusion, ils expliquent vouloir démontrer une corrélation entre des implants en silicone texturé et le risque de développer un cancer anaplasique : « Les objectifs de cette étude de cas sont donc de démontrer que tous les patients subissant l’implantation d’implants en silicone texturé sont à risque de développer un lymphome anaplasique à grandes cellules, et de fournir des preuves pour un nouveau diagnostic possible associé à des implants fessiers »,

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À propos de l’auteur

Jean-Luc MOREL

Le Dr Jean-Luc MOREL est président de l'AFME. Il exerce les actes à visée esthétique depuis 1985 et la Médecine Anti-âge depuis 1995. Il a enseigné ces disciplines pendant plus de 20 ans et a été Directeur d'enseignement à l'Université.

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